mardi 5 juin 2012

Lettre à mon amoureux (et à sa mère)

Mon cher prince,

Tu l’auras peut-être remarqué, le week-end dernier, c’était la fête des mères. Divers indices s’étaient glissés autour de toi, dans ta vie quotidienne… Les commerces environnants ne s’étaient pas faits particulièrement discrets, pour l’occasion…

Vous croyez que pour la fête des pères ils feront une promo sur la bière?

Sans compter, vendredi après-midi, les hordes d’enfants débraillés sortant de l’école d’immenses paquets de papier entre les mains, les plus grands essayant maladroitement de les cacher dans leurs dos « ah mais non, c’est rien du tout », les petits n’ayant aucune notion du concept de surprise « mais on a dit que c’était dimanche ! »

Merci madame la maîtresse, grâce à qui cette fête des mères n'a pas été complètement de la loose


De ton côté en revanche… comment te dire ça gentiment, mon tendre chéri… je nargue suffisamment souvent mes copines, leur racontant à quel point tu es parfait, pour te le dire franchement : sur ce coup-là, tu as un peu foiré ton coup, quand même.

Mais comme je suis une gentille Maman et Épouse, et que je crois en l’amélioration personnelle des individus, c’est avec tendresse et amour (hum !) que je vais t’expliquer un peu comment fonctionne ce truc étrange et tortueux qu’est un cerveau de femme…

Anticipant la possibilité que, dans ton insouciance, tu oublies l’événement, j’avais élaboré depuis plusieurs semaines une stratégie poussée pour t’inspirer : arrêts insistants devant des vitrines de bijouteries ou de magasins de vêtements, répétition en cachette avec Princesse Première « tu te rappelles, hein, tu dis à Papa, demain c’est la fête des mamans », magazines féminins stratégiquement ouverts à la page « idées cadeaux » près des toilettes, statut facebook « Bonne fête les meufs, c’est notre journée aujourd’hui ! » posté aux aurores dimanche, histoire de te laisser le temps de te retourner…

Et là, avec tes grands yeux innocents, voilà qu’il me fait « Mais la fête des mères, c’est pour ma maman ! »


D’un côté, je te comprends, tu sais ; tu es encore un grand enfant, dont le passe-temps favori est de tuer des zombies en mangeant ton goûter, constitué de petits beurres et d’un verre de lait… Tu as encore en mémoire les poèmes appris à l’école, les chats en céramique fabriqués avec amour, les somptueux colliers en plastique achetés avec tes économies, les coups de fil quand tu étais étudiant (qui se terminaient généralement pas « et euh… sinon, j’aurais besoin d’un peu de sous pour finir le mois… Bonne fête maman ! »)

Bref, jusque là, les choses étaient claires : la fête des mères, c’est la fête de ta maman.

C’est un sentiment qui t’honore, et je ne peux qu’admirer ton côté bon fiston. J’espère d’ailleurs que tes filles s’en inspireront, elles ont plutôt intérêt à continuer à venir me réciter des poèmes en m’offrant des fleurs en papier quand je serai à l’hospice, si elles ne veulent pas que je vire à la Tatie Danielle sur mes vieux jours.

J'ai hâte...


Après tout, hein, cela ne fait pas si longtemps qu’il y a une autre « maman » dans ta vie (enfin, presque 4 ans, mais bon, n’insistons pas…) Laisse-moi donc, à toi et à tous tes comparses, (car on me chuchote à l’oreille que tu n’es pas le seul dans ton cas), vous donner la réponse à cette question qui donne des sueurs froides à tous les hommes :

« Mais, pourquoi tu fais la tête ?! »

Je ne m’étendrais pas sur les innombrables épreuves surmontées pour faire de toi ce sémillant papa que tu es aujourd’hui ; inutile de rappeler que, si on additionne les kilos pris et perdus en deux grossesses, on doit arriver à deux fois toi, et que ma fille peut jouer à « suis le labyrinthe avec ton doigt » sur mes vergetures, sans compter ces délicieuses crevasses mammaires, et le fait que la dernière fois que j’ai fait une nuit complète, Cécilia et Nicolas étaient encore mariés…

D’abord, je sais que toi aussi, tu en as bavé (déjà, me supporter… moi j’arrive pas toujours…), et puis, de toute façon, tout cela ne compte pas ; il suffit de dire que je suis la mère de tes enfants.

C’est comme ça. Oui, c’est injuste, je sais. Mais j’en suis fière, moi, d’être la mère de tes enfants, d’être mère grâce à toi. De partager ce lien qui est plus fort que tous les engagements, mariages, fiançailles, pacs ou maisons ou achat de tee-shirts assortis.

Alors oui, ce sont les enfants qui font des cadeaux à leurs mamans. Je veux bien. Moi, j’ai deux enfants. Y en a une dont l’occupation principale est de baver sur le plus grand nombre de vêtements possibles, quant à l’autre, sa perception du temps se résume à savoir qu’il y a des jours où on va à l’école et d’autres non, et que son anniversaire, c’est dans beaucoup beaucoup de dodos. Si je dois attendre qu’elles soient en âge de se rendre compte toutes seules que c’est la fête des mères et d’aller toutes seules avec leurs petites pattes m’acheter des bijoux avec leurs pièces en chocolat…

Tu me dis que c’est une fête commerciale.
Certes.
Mais une grande philosophe a dit un jour : « We are living in a material world, and I am a material girl ». Et puis un petit déj au lit et un bouquet de fleurs, ça va pas non plus te faire basculer dans le surendettement. (Enfin, je dis p’tit déj et bouquet de fleurs, c’est pour le minimum syndical, hein. Pour que je fasse juste un peu moins la tête. Il est quand même recommandé de raquer un peu.)

Une fête commerciale, une fête commerciale… Tu étais nettement moins enclin à te rebeller contre la société capitaliste quand il s’agissait d’aller camper devant les boutiques la veille de la sortie de l’Aïe Faune 22!

Et puis, si tu veux vraiment protester contre le capitalisme, y a plein de moyens, hein. Voter Philippe Poutou, arracher du maïs OGM, acheter du papier toilette recyclé…


Dans deux semaines (tu ne dois pas le savoir non plus), c’est la fête des Pères. Et crois-moi, je t’attends au tournant. Feux d’artifices, danse des sept voiles, cadeaux mirifiques, tu vas être ébloui. Oh, ben non, quand même, tu ne pensais pas que j’allais me venger ? Ce n’est pas mon genre, voyons ! Je vais te couvrir de cadeaux et d’attentions, histoire que tu culpabilises bien de ne pas en avoir fait autant, voilà… !

Bon, et peut-être aussi un peu parce que tu es un super papa, et que, la plupart du temps, je suis incroyablement heureuse et fière que tu sois le père de mes enfants…

La prochaine fête des mères, c’est dans un an ; ça te laisse plein de temps pour te préparer… Et si tu manques d’idées, ne t’inquiète pas, je t’en suggérerai subtilement quelques-unes…
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