mardi 6 mars 2012

Lettre à N., institutrice en petite section

Très chère N.... ou madame... enfin, madame N.... Je suis désolée, je ne connais pas votre nom de famille. Je ne m’en sors pas, avec cette histoire, je n’ai pas l’habitude d’appeler les enseignants par leur prénom, moi... et est-ce que je dois vous tutoyer, vous vouvoyer ? A la maison, c’est N. par-ci, N. par-là, Princesse-qui-est-une-grande-fille-parce-qu’elle-va-à-l’école connaît mieux votre prénom que le mien et j’ai l’impression que vous dînez avec nous tous les soirs...

Vous devez vous demander pourquoi je vous écris. Vous devez vous demander ce que je peux bien avoir à vous dire de plus, vu que je vous tiens déjà la jambe au bas mot 10 minutes à chaque sortie de classe. Je sais, je sais... Justement. Je n’en suis pas fière. 

C’est que, voyez-vous, très chère N., jusqu’à septembre de l’année dernière, j’avais déjà tenu un certain nombre de rôles dans ma vie. 
J’ai été enfant, élève, cliente, patiente, assurée sociale, employée, j’ai été étudiante, stagiaire, contribuable, et même serveuse (pendant un mois, avant de me faire virer parce que, reconnaissons-le, je n’arriverais jamais à porter plusieurs assiettes sur un seul bras.) 
J’ai aussi été amoureuse éconduite, amoureuse épanouie, fiancée, compagne, maîtresse, et plus récemment, maman. 
Tous ces indices avaient fini par me faire comprendre que je commençais à m’approcher dangereusement de l’âge adulte, pour ne pas dire que j’y étais tombée irrémédiablement. 
Mais l’été dernier, j’ai tenu entre mes mains un petit papier qui m’attribuait un nouveau rôle, un rôle auquel j’ai encore du mal à m’accoutumer. Sur cette banale feuille A4, étaient écrits les mots « Liste de fournitures scolaires », et elle me faisait définitivement basculer dans une nouvelle catégorie, inconnue : Parent d’élève.


Enfin, après 3 ans, un endroit où on peut t'abandonner toute la journée et qui est GRATUIT! 
Dépêche-toi!


Et parent d’élève, voyez-vous, je n’avais encore jamais fait ça. J’en connais, oui, mes propres parents eux-mêmes ont été parents d’élèves... Mais ils ne m’ont pas transmis le mode d’emploi. 

Alors voilà, c’est pour cela que je vous écris. Pour vous dire que si vous, vous êtes une super maîtresse/instit/prof des écoles professionnelle, moi je suis une maman d’élève débutante, et vous êtes bien méritante de me supporter... Et que je vous remercie. Vraiment. Vraiment beaucoup. 

Parce que vous êtes une héroïne. Je passe sur le fait que j’ai parfois du mal à supporter une seule enfant de 3 ans et demi plusieurs heures d’affilée, et que vous en supportez 30. Mieux, que vous arrivez à leur faire faire des choses constructives, comme par exemple des dessins qui ne ressemblent pas au contenu d’une couche de sa petite soeur. 

Regarde maman, j'ai dessiné toi!

Mais ce qui est VRAIMENT héroïque, c’est que vous supportez les parents d’élèves. Genre moi.

Depuis que je suis parent d’élève, j’ai découvert des aspects nouveaux de ma personnalité. Des aspects pas franchement glorieux...

Du genre :

QUOI?!? Elle n'a eu que "en cours d'acquisition" à l'item "Je colorie sans dépasser"?
SON AVENIR EST FOUTU!!!!!!


 

  • La mère d’élève version « ma fille c’est la meilleure », qui veut absolument savoir si Laurine a moins bien colorié son Elmer que ma princesse « Ah oui mais elle a colorié toutes les cases de la même couleur, on voit bien qu’elle n’a pas compris la consigne, la pauvre... » (à dire avec de la compassion dans la voix). Celle qui fronce du nez devant la magnifique maison dessinée par Hugo « Oui mais bon, il a déjà 4 ans, lui, c’est normal aussi. » La mesquine, quoi. J’ai honte. 
  •  La mère d’élève version angoissée, qui n’a pas encore intégré que l’entrée de sa fille à HEC ne se jouait pas forcément au premier trimestre de petite section. « Mais, dites-moi, c’est normal qu’elle n’ait pas réussi à mettre les images dans le bon ordre, là ? Je veux dire, ce n’est pas inquiétant ? parce qu’on peut aller voir un spécialiste s’il le faut, vous savez... »
  •   La mère d’élève version honteuse. Parce que oui, la petite section, c’est l’apprentissage de la vie en société. Pour les parents aussi.   
Quand je vois que Princesse Première n’est pas habillée comme le matin (et qu’elle a un pantalon rose vif trop petit, parce qu’on donne toujours des vêtements tout nazes comme vêtements de rechange), et que vous me tendez le petit sac en disant « on a eu un petit accident ce matin ».
Ou « Princesse Première n’a pas voulu manger, aujourd’hui ».
Ou quand je dis « Elle est un peu difficile en ce moment à la maison, elle nous fait des crises », avec l’espoir à peine caché que vous me répondiez « Ce petit ange ? Mais non, c’est impossible ! » ; et qu’à la place vous soupirez en disant « Ah oui, c’est sûr, ici aussi. Ne vous inquiétez pas, ça va passer...».
Oui, je sais, c’est pareil pour tous les autres parents.
Et oui, j’ai déjà connu des moments de grande honte dans ma vie. (Non, je ne les raconterai pas. N’insistez pas).
Mais quand vous me dites cela, ma chère N., avec toute votre expérience et votre gentillesse...
Ben je me sens toute mortifiée.
Mais avec un peu de chance, ça aussi ça passera.

Alors voilà, N., une petite lettre pour vous dire à quel point je vous suis reconnaissante de supporter mes crises de folie parentale passagère. Je sais que vous avez et que vous aurez des tas et des tas d’élèves et de parents d’élèves (dont peut-être même certains encore plus cintrés que moi. Si si.), mais nous, on n’aura qu’une instit de petite section. (Enfin par enfant. Donc 3. Plus tard. Ou 4, quand j’aurai réussi à convaincre Namour.) 

Vous faites quand même un sacré boulot.
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5 commentaires:

  1. Tu traduis admirablement ce que j'ai pu ressentir quand n°1 est entrée à l'école. Depuis j'ai mon deuxième qui a fait sa première rentrée et je me disais que ce serait facile, que je connaissais. Sauf que ben nan, à nouvel enfant nouvelles hontes. Puis ma grande elle est au CP et parent d'élève d'un gamin qui a des devoirs c'est vachement compliqué.
    D'ailleurs moi qui aimait bien le rôle d'élève j'aime pas trop celui de parent d'élève. Mais j'aime quand même l'école hein. Car quand les enfants sont à l'école ben ils sont pas avec moi. Et ça c'est biiiiieeeen.

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  2. Tu veux dire que ça va être encore pire?!? Argh! Remarque, je m'en doutais un peu... Comme ça j'aurais de nouveaux trucs à raconter!

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  3. pour avoir occupé les 2 postes : instit puis parent d'élève, (l'un étant la plaie de l'autre et inversement)... merci et tout pareil... et inversement :-)

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  4. En entrant dans la case torturée du parent d'élève, j'étais déjà au moins presque aussi chiante que toi.
    Aujourd'hui, ma fille aînée est en 5ème, au collège.
    Ses profs rasent les murs quand ils me voient.
    Je crois que ça ne va pas en s'arrangeant avec les années...

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  5. et un billet sur les atsem tu peux en écrire un ??? Hein dis ??? un billet aussi gentil que celui là !!!
    Je découvre ton blog et j'aime beaucoup !!!

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